Henry Koombes, le pere de Tikoulou

Henry Koombes, le père de Tikoulou

Depuis plus d’une quinzaine d’années, un petit garçon espiègle, Tikoulou, nous fait voyager dans l’île Maurice et l’océan Indien. Son 16e album, La Légende de Bel Ombre, vient de paraître toujours dessiné par Henri Koombes. Ce dernier s’est effacé derrière son « fiston ». Pourtant, Henri Koombes est beaucoup plus qu’un illustrateur. Plasticien, autodidacte, il est un artiste dont l’œuvre révèle une sensibilité et une innocence qui cache mal ses interrogations sur les questions existentielles.

Entre Henri Koombes et l’art, c’est une histoire d’amour qui remonte presque à l’enfance. Premier en classe de dessin au collège Saint-Joseph dans les années soixante, il sera encouragé par son père, modeste employé d’une grande compagnie d’assurances, qui lui offre des leçons particulières auprès d’un professeur du Collège Royal de Curepipe, Clément d’Unienville. Ce dernier, outre les techniques, lui donnera le goût de la vie de bohème. Son père lui présentera également le maire de Beau Bassin/Rose Hill, André Decotter, qui lui permettra de faire sa première exposition à la galerie Max Boullé, à l’âge de 19 ans.

Après le collège, son père ne pouvant lui payer des études universitaires, Henri travaille dans une banque pendant une année, avant de « fuir » en Afrique du Sud en 1970, chez sa sœur. Là, il travaille dans une usine textile et continue de peindre. Il fera ainsi une quinzaine d’expositions en cinq ans. Il arrête ensuite de travailler pour se joindre à un groupe d’amis cohabitant sur une ferme dans le pur style de vie communautaire de l’époque. L’aventure ne durera toutefois pas plus de cinq ans et après la dissolution du groupe, Henri va, avec des copains, ouvrir une boîte de nuit à Cape Town. « Nous étions ouverts à tous. Il n’y avait pas de racisme, pas de sexisme et pas d’alcool ». Néanmoins, dans le contexte particulier de l’apartheid, les tracasseries de la police devaient pousser à la fermeture de la boîte.

Cette expérience sud-africaine nourrit Henri et provoque chez lui, un éveil de sa conscience politique. Il revient à Maurice en 1985. Sans le sou, il essaye de vivre de son art et fait des expos, puis devient galeriste pendant quelque temps avant de travailler comme designer pour une célèbre marque de produits textile.

Alors que sa collaboration avec l’entreprise prend fin, Pascale Siew lui présente le projet de Tikoulou et d’un album illustré. Henri est tout de suite séduit par le texte « car il véhicule des messages de solidarité, de paix, de mauricianisme, d’écologie ». Il aime aussi le fait de faire revivre des personnages de légende comme Pac-Pac (devenu Pic-Pac dans Tikoulou à la Citadelle) et le loup-garou.

Après les difficultés inhérentes à une première publication, le succès vient très vite et les albums s’enchaînent. Aujourd’hui, après 16 albums, Henri souhaite un rythme bimensuel en dépit du fait que sa situation financière est plutôt difficile. Il faut dire qu’il travaille aussi sur Ludo le Dodo, une publication pour les 3 -4 ans, et qu’il souhaite se consacrer à des œuvres destinées à des lecteurs adultes.

Le travail de plasticien d’Henri tient de la figuration libre des Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et autres Matisse. Mais, on note aussi des inspirations venues des surréalistes et de Malcolm de Chazal, par le côté de l’innocence, le côté primaire, celui de la poésie, de l’humour, et du sans tabous. Intéressé par les humanistes mais aussi les hédonistes, grand lecteur de Michel Onfray, Henri Koombes laisse voir son intérêt pour ses passions. On retrouve ainsi dans son œuvre les thématiques Eros et Thanatos, deux figures antinomiques, parce que « philosophiquement il n’y a que ça dans la vie, la naissance, le sexe et la mort ».09

Laisser un commentaire