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Exécution d’officiels malgaches sur ordre du général Gallieni, après la conquête française 1896. Plusieurs membres de la famille de la reine Ranavolana III mourront sous les balles des soldats français après la conquête de l’île. (Gravure de Jean Martin pour la revue l’Illustration, 1897)

La courte et trouble histoire du royaume de Madagascar

L’histoire complexe de la Grande Ile est faite de conquêtes, de trahisons, de guerres incessantes  entre les différentes ethnies qui peuplent ses plaines et ses montagnes, mais aussi de résistance contre l’envahisseur occidental. Un temps, Madagascar fut unie sous les monarques Merina, mais cette unité a été de courte durée.  

Jusqu’au début du 19e siècle, Madagascar était composée d’une multitude de petits royaumes et territoires indépendants, qui guerroyaient ponctuellement les uns contre les autres. Le pays Merina, au centre de l’île, est lui aussi divisé, jusqu’à ce que le roi Andrianampoinimerina (le « Seigneur au cœur de l’Imerne ») parvienne à l’unifier vers 1810. Son successeur, Radama 1er, s’attelle les années suivantes à conquérir en grande partie du reste du pays.

Ainsi, dès 1817, le royaume Merina, aussi connu sous le nom de « royaume d’Emyrne », devint officiellement le royaume de Madagascar. Cette première unification politique quasi-totale du pays, jusqu’alors jamais réalisée, dura moins d’un siècle. L’histoire du royaume de Madagascar fut surtout marquée par le règne de la reine Ranavalona 1ère, veuve de Radama 1er, qui dura de la mort de ce dernier, en 1828, jusqu’à la sienne en 1861.

Le roi Radama II.

Le roi Radama II.

Cette femme autoritaire régna sans partage sur le jeune royaume, et avec une méfiance exacerbée contre les occidentaux. A tel point que durant quelque temps, les Malgaches vécurent de manière quasiment autarcique. Mais la mort de la souveraine, en 1861, déclenche des luttes de pouvoirs. Son fils et héritier, Radama II, ouvrit de nouveau les frontières aux puissances étrangères, contre l’avis de la plupart de ses ministres. Il mourut de manière suspecte deux ans seulement après avoir été couronné.

Sa femme, la princesse Rabodozanakandriana, lui succède sous le nom de Rasoherina, mais ne détient aucun pouvoir. Celui-ci est entre les mains du Premier ministre Hova Rainivoninahitriony, qui épouse la jeune veuve et assoit ainsi sa domination sur le royaume. A la mort de ce dernier, en 1865, son frère Rainilaiarivony prend sa place en épousant également la reine. Il fait voter une loi obligeant les souveraines à épouser le Premier ministre, dans le but de partager le pouvoir entre la noblesse et les Hovas.

C’est dans ce contexte que la jeune Ranavalona III monte sur le trône, le jour de son 22e anniversaire, en 1883. Elle sera la troisième épouse et troisième reine de Madagascar à régner sous le joug de Rainilaiarivony. Son mari précédent, le prince Ratrimoarivony, est mort peu de temps auparavant, peut-être assassiné pour satisfaire les besoins de succession du Premier ministre.

La reine Ravalona III.

La reine Ranavalona III.

Face à la France et la Grande-Bretagne qui lorgnent sur les richesses de l’île, la stratégie de Rainilaiarivony est de mettre à profit la rivalité historique des deux puissances européennes au bénéfice de Madagascar. Une stratégie qui fonctionne quelque temps, jusqu’à ce que la France enrage et lance un ultimatum aux autorités malgaches.

Après deux expéditions militaires, en 1881 et en 1892, les Français finissent par s’emparer de l’île tant convoitée, non sans avoir fait face à une terrible opposition et d’énormes pertes humaines. Un protectorat est d’abord institué, puis l’île est officiellement annexée en 1895. La population se soulève l’année suivante. Un général français, Joseph Gallieni, est envoyé à Antananarivo. Apres avoir maté les insurgés, ce dernier fait arrêter, dans la nuit du 27 février 1897, la famille royale. Dès le lendemain, la monarchie malgache est abolie.

La reine Ranavalona III, quant à elle, est exilée d’abord à La Réunion, puis à Alger, où elle meurt le 23 mai 1917, sans jamais avoir revu son pays natal. Il existe plusieurs photographies de la reine exilée, avant et après sa destitution. Toutes montrent une femme au regard magnifique, mais profondément mélancolique.

 

Photo du haut: Exécution d’officiels malgaches sur ordre du général Gallieni, après la conquête française 1896. Plusieurs membres de la famille de la reine Ranavalona III mourront sous les balles des soldats français après la conquête de l’île. (Gravure de Jean Martin pour la revue l’Illustration, 1897)

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