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Musique et traditions: le bobre

Cet article est le premier d’une série sur les traditions musicales de l'océan Indien. Nous examinons ici le bobre, un vieil instrument d’origine africaine ou malgache utilisé depuis les origines du séga et du maloya.

Le bobre. (Image: courtoisie du groupe Patyatann.)

Le bobre. (Image: courtoisie du groupe Patyatann.)

Le bobre est sans doute né en Afrique, probablement sur la côte est. Il était utilisé jadis par les conteurs, les fameux griots, pour rythmer leurs histoires, leurs chants et leurs devinettes. L’auteur Jean Clément Cangy, qui a effectué de longues recherches sur les origines du séga, est toutefois d’avis que le bobre a pour ancêtre le jegyava, un instrument malgache similaire. Cet étrange instrument dérivé d’un arc peut être à la fois placé dans la famille des instruments à cordes et des percussions.

Il est composé d’un long arc de bois mesurant un à deux mètres, parfois plus, d’une ficelle tendue, et d’une calebasse séchée et trouée servant de caisse de résonnance. Celle-ci est placée contre l’abdomen du joueur qui frappe la corde en rythme avec une longue baguette et fait vibrer la calebasse en la plaquant et en l’éloignant alternativement de son ventre. Il peut produire divers sons et résonances.

Estampe de 1844 représentant un joueur de bobre mauricien, par Guillaume Sulpice Chevalier. Collection du musée de Yale.

Estampe de 1844 représentant un joueur de bobre mauricien, par Guillaume Sulpice Chevalier. Collection du musée de Yale.

Le bobre a été introduit dans les îles de l'océan Indien par des esclaves venus du Mozambique, de Madagascar ou des contrées environnantes, en même temps que d’autres instruments tels que la ravanne. Il est moins utilisé que cette dernière, qui est l’instrument principal donnant le rythme du séga. Le bobre permet toutefois d’enrichir la musique, un peu à la manière d’une contrebasse, avec sa sonorité très particulière.

Il est intéressant de noter que les descendants d’esclaves africains vivant en Inde, les Siddis, utilisent un instrument similaire au bobre, le malunga. Ces esclaves furent emmenés dans la grande péninsule vers le 12e siècle depuis la côte est africaine. Le malunga est d’une grande importance lors de leurs rituels religieux.

 

Vidéo: Un Siddi indien jouant du malunga.

A Maurice, le bobre est de nos jours très peu utilisé. Depuis le renouveau du séga au milieu du siècle dernier, les joueurs lui ont en effet préféré la ravanne, le triangle ou encore la maravanne. Certains continuent cependant d’en fabriquer, à l’image de quelques associations de conservation du patrimoine culturel et musical. Le célèbre ségatier Marclaine Antoine, grand spécialiste des instruments traditionnels du séga, est l’un des grands défenseurs du bobre, et en l'occurrence très certainement le meilleur joueur et fabricant de cet instrument dans l'île.

Vidéo: Démonstration de bobre par Marclaine Antoine. 

Quelques groupes mauriciens contemporains l’utilisent aussi occasionnellement dans leurs compositions, mais ils sont peu nombreux. On peut par exemple citer le groupe Patyatann, chez qui le bobre fait partie d’une large palette d’instruments letan lontan qu’ils utilisent ponctuellement en concert et dans certains de leurs morceaux.

Vidéo: Le groupe Patyatann utilisant le bobre dans le clip vidéo de leur chanson Konser Krapo.

L’instrument est un peu plus populaire à La Réunion, où son utilisation a été propagée grâce à des artistes tels que Danyel Waro. Mais c’est un musicien surnommé Etienne Bobre qui a sans doute le plus contribué à la sauvegarde du bobre sur l'île intense, en jouant au sein du célèbre groupe de maloya traditionnel Cimendef.

Vidéo: Clip d’Etienne Bobre jouant de son instrument préféré, accompagné par les musiciens du groupe Cimendef. 

Photo en tête d'article: Enfant réunionnais avec un bobre. Collection de la Maison du Maloya.

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