L'île aux Aigrettes repose sur une ancienne superstructure de corail et de sable compacte.

Iles aux Aigrettes: Le paradis perdu

Écrin de verdure posé sur un océan couleur saphir, l'île aux Aigrettes est un reliquat du passé, un musée à ciel ouvert abritant les espèces qui régnaient jadis sur l'île Maurice. Dans cette une forêt naine ensoleillée peuplée d’animaux extraordinaires, on découvre un paysage radicalement différent...

Le cardinal de Maurice est très facile à approcher.

Le cardinal de Maurice est très facile à approcher.

Dès que l’on pose le pied sur l'île aux Aigrettes, on entre dans un autre monde. Un monde ancien, riche et étrangement interconnecté. Ici, chaque espèce, plante ou animal, a développé au fil du temps une relation et une profonde connexion avec les autres. Ainsi, les graines du tambalacoque et celles de l’ébénier bénéficient de la gourmandise des tortues d’Aldabra qui propagent leurs semences aux quatre coins de la forêt. Certaines fleurs sont pollinisées par le timide oiseau à lunettes, pendant que le pigeon des mares se goinfre des fruits du « lafouche ».

Les animaux n’ont absolument aucune crainte de l’homme. Les magnifiques cardinaux de Maurice, dont le mâle arbore une capuche rouge vif, volent à quelques centimètres des groupes de visiteurs. Certains ont même parfois la chance de voir l’un d’eux se poser sur son épaule. Les scinques de Telfair se dorent tranquillement au soleil, se laissant photographier sans gêne. Les pigeons des mares, trop paresseux pour s’envoler jusqu'à la terre ferme, passent leur temps à manger et à dormir. On comprend vite pourquoi tant d'espèces endémiques ont disparu comme le dodo...

Le paysage est sublime. Ebéniers qui ne poussent qu’en couple, l'énorme bois de boeuf et ses feuilles géantes, le royal latanier bleu, la rondeur du palmier bouteille, le parfum sucré du bois de rainette… Le bois clou qui ressemble à un étrange goyavier, le lafouche étrangleur qui étend son royaume en attaquant les arbres voisins, les petits sentiers sablonneux bordés de bois chandelle, les geckos multicolores sur les branches des pandanus… Mille parfums à la fois inconnus et légèrement familiers planent dans l’air…

On a vite la nette impression de découvrir l'île Maurice d’autrefois. Celle que les premiers colons ont arpentée, celle qui s’est adaptée parfaitement au milieu et au climat exceptionnel de cette petite parcelle d'océan Indien. Sans prédateurs, sans catastrophes, sans maladies. Un Eden où l’homme n’avait jamais mis les pieds.

Voici à quoi ressemblait la forêt mauricienne d’autrefois.

Voici à quoi ressemblait la forêt mauricienne d’autrefois.

Mais tout comme le Paradis Terrestre biblique, la nature mauricienne a été souillée par l’homme. Il ne reste à Maurice que quelques petites parcelles de ce qu’elle fut jadis, piètres réminiscences d’un royaume ancien. La nature de l'île aux Aigrettes est sans doute celle qui se rapproche le plus de ce paradis perdu. Etonnant qu’à quelques centaines de mètres des côtes, un tel Eden ait pu se perpétuer.

En réalité, il n’en est rien. L'île a été colonisée par l’homme depuis son arrivée. Après les Français qui y érigèrent un poste avancé, les Anglais firent un usage militaire de l'île. Deux énormes canons datant de la Seconde Guerre Mondiale y sont d’ailleurs visibles, témoins rouillés d’une terrible époque. Les espèces endémiques ont, comme partout à Maurice, énormément souffert des prédateurs et des maux apportés par l’homme.

Le scinque est un gros lézard lent et débonnaire.

Le scinque est un gros lézard lent et débonnaire.

Son cousin le scinque géant a malheureusement disparu. Cette statue en bronze, sculptée à taille réelle, donne un aperçu de l’animal.

Son cousin le scinque géant a malheureusement disparu. Cette statue en bronze, sculptée à taille réelle, donne un aperçu de l’animal.

                                                                                                                                                                                                                            En 1965, trois ans avant l'indépendance de Maurice, l'île aux Aigrettes est déclarée parc national. Il faudra attendre 1985 et sa prise en charge par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) pour qu’elle renaisse. Avec l’aide du gouvernement mauricien, de fonds internationaux et de dons, l’association nettoie l'île des espèces invasives et réintroduit plantes et animaux endémiques. Le résultat est époustouflant.

Le coeur du bois d'ébène est lisse comme de l’ivoire. On l’utilisait autrefois pour fabriquer des touches de piano noires.

Le coeur du bois d'ébène est lisse comme de l’ivoire. On l’utilisait autrefois pour fabriquer des touches de piano noires.

Big Daddy, le doyen de l'île, a une centaine d'années. Les tortues d’Aldabra ont été introduites à Maurice en 1871 par Charles Darwin pour remplacer les tortues endémiques disparues.

Big Daddy, le doyen de l'île, a une centaine d'années. Les tortues d’Aldabra ont été introduites à Maurice en 1871 par Charles Darwin pour remplacer les tortues endémiques disparues.

Aujourd'hui, l’ile aux Aigrettes est surveillée 24 h sur 24 par un gardien. Une équipe de scientifique s’y relaie également de manière continue afin de poursuivre le travail et d'évaluer la santé des écosystèmes. Une pépinière a été installée sur l'île, de manière à assurer la survie des espèces locales et à pourvoir en jeunes plants les autres parcs nationaux de Maurice. L’ile accueille deux espèces d’oiseaux qui ont failli disparaître: le cardinal de Maurice et le pigeon des mares ou pigeon rose. Plus de la moitié de la population survivante des cardinaux de Maurice, soit 250, réside sur l'île aux Aigrettes.

Ce petit coin de paradis n’est toutefois pas totalement dépourvu d'espèces invasives. La liane jaune, ou liane sans fin, s’y est installée. Occasionnellement, quelques corbeaux et pigeons domestiques viennent rendre visite à leurs cousins insulaires. Un travail quotidien, auquel peut aider le public en échange d’un don, est donc nécessaire.

L'île, bien que faisant partie des sentiers touristiques, mérite d'être mieux connue par la population locale. De nombreuses écoles, ainsi que des associations, s’y rendent régulièrement, mais la majorité du public mauricien n’y a encore jamais posé les pieds. C’est pourtant l’un des plus rares et des plus importants patrimoines du pays.

Un ébénier.

Un ébénier.

Le latanier bleu.

Le latanier bleu.

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