Vue aérienne du domaine.

Les ruines de Balaclava: témoignage tangible de l’histoire de l’île Maurice

Peu d'hôtels à Maurice peuvent se targuer de cacher un site historique dans leurs jardins. Le Maritim Resort & Spa en fait partie. Les ruines situées au cœur de l'établissement hôtelier, remarquablement conservées et aujourd’hui classées monument historique, rappellent l’histoire tumultueuse de la colonisation de l'île.

La Baie-aux-Tortues, que l’on connaît de nos jours sous le nom de baie de Balaclava (“cagoule” en Malgache), joua un rôle important dans la colonisation de l'île Maurice. C’est sans doute la nature protégée de cette baie profonde en forme de goulot qui lui a valu ce surnom malgache. Des attributs appréciés depuis des siècles par les marins de passage, qui en ont fait l’un de leurs ports d’attache préférés lorsqu’ils naviguaient dans les parages de l’ile.

Ainsi, dès la prise de l'île en 1598 par les Hollandais, ces derniers tentèrent d’y établir une colonie. C’est d’ailleurs eux qui attribuèrent à la baie abritée le nom de “Baie aux Tortues” à cause des centaines de tortues de mer qui venaient pondre sur la plage immaculée et dont les marins étaient friands. Outre les tortues, la baie abritait à l'époque une magnifique forêt d'ébéniers, dont le bois précieux était très recherché en Europe.

Les ruines ont été superbement mises en valeur, notamment grâce à de magnifiques éclairages nocturnes.  (Photo: Ludovic Aubert)

Les ruines ont été superbement mises en valeur, notamment grâce à de magnifiques éclairages nocturnes. (Photo: Ludovic Aubert)

Autre attrait de taille: cette baie était alimentée en eau fraîche par une rivière que l’on connaît de nos jours sous le nom de “Rivière Citron”. De plus, des colonies de canards, d’oies et de chèvres sauvages, sans compter les huîtres qui pullulaient dans la mangrove et la vie marine foisonnante, en firent un lieu idéal pour accueillir les colons. Plusieurs tentatives infructueuses d'établir une colonie dans la baie eurent ainsi lieu entre 1598 et 1610.

Le naufrage de l’amiral Pieter Both en 1615 découragea un temps les Hollandais, qui ne s'établirent durablement dans l'île qu’à partir de 1638. Entre-temps, l'île, abandonnée, servit de point de ravitaillement aux nombreux bateaux qui empruntaient la route des Indes. Les Anglais, notamment, appréciaient beaucoup la Baie aux Tortues et s’y arrêtèrent à maintes reprises.

En 1710, les Hollandais, découragés par les épidémies, la famine, les cyclones dévastateurs et d’autres fléaux, abandonnèrent pour de bon leurs projets de colonisation. Cinq ans plus tard, Guillaume Dufresne D’Arcel pris officiellement possession de l'île au nom du Royaume de France. Mais ce n’est qu’en 1721 que les Français commencèrent à s’y établir.

En 1715, la venue de Mahé de Labourdonnais, premier gouverneur de la Compagnie des Indes Orientales, marqua le début du véritable développement de l'île. Le gouverneur, qui s’installa à Pamplemousses, avait d’ailleurs de grands projets pour la Baie aux Tortues. Dès ses premières années à la tête de la colonie, il y fit construire un hôpital pour les marins atteints de scorbut, des fortifications, un barrage sur la rivière ainsi qu’un arsenal, un moulin à poudre et une fonderie pour la production d’armes, de canons et de poudre à canon. Aujourd’hui, le village situé un peu plus haut à l'intérieur des terres a gardé le nom d’Arsenal.

Un canon, vestige des fortifications françaises.

Un canon, vestige des fortifications françaises.

Quelques années plus tard, en 1748, les fortifications autour de la baie permirent de repousser une tentative d’invasion anglaise lors de la bataille de la Baie aux Tortues. A l’exception de l’explosion du moulin à poudre en 1774, qui nécessita la reconstruction du moulin plus loin à l'intérieur des terres, la baie et ses habitants connurent une existence plutôt paisible jusqu’en 1810, date de la prise de l'île par les Anglais. A l'époque, c’est Joseph Dioré, un colon, qui était le propriétaire du domaine, et il le restera, les Anglais permettant aux Français déjà établis de conserver leurs terres et leurs possessions.

En 1856, la propriété fut rachetée par un personnage flamboyant, George Courson de la Villeneuve, qui fut un temps maire de Port-Louis. Il rebaptisa la propriété “Villa Vallio”, et y accueillit tout le gratin de la colonie lors de soirées fantasques et grandioses. Outre le moulin à poudre, on y trouvait également un moulin à blé et une distillerie de rhum qui appartenait au gouvernement.

Le train de vie de Courson de la Villeneuve l’ayant mené à la ruine, le domaine fut racheté en 1863 par l’homme d’affaires Pierre-Adolphe Wiehe. Sous sa férule, le moulin à blé fut agrandi et sa capacité de production fit un bond en avant. Le blé venait d’Australie et était acheminé au moulin grâce à un petit chemin de fer. Une centaine de personnes travaillaient alors dans le domaine, et le propriétaire fit construire une petite école pour les enfants des laboureurs.

L’ancienne distillerie. (Photo: Ludovic Aubert)

L’ancienne distillerie. (Photo: Ludovic Aubert)

C’est aussi à Pierre-Adolphe Wiehe que l’on doit la villa Mon Désir, une belle maison coloniale aujourd’hui partiellement restaurée et connue sous le nom de Château Mon Désir. Durant toute la seconde moitié du 19e siècle, Balaclava fut un lieu de villégiature fort apprécié de la haute société port-louisienne, la baie abritant même un restaurant réputé. Mais une épidémie de malaria pousse les habitants à fuir les côtes et à se réfugier dans les hauts plateaux.

Peu à peu abandonnées, les infrastructures de Balaclava tombèrent en ruine. Ce n’est qu’en 1990 que la baie renaît de ses cendres, avec l’acquisition du terrain par le groupe hôtelier Maritim. Les propriétaires de l'établissement ont remarquablement conservé les ruines de la distillerie, du moulin à blé et du barrage, qui sont encore visibles aujourd’hui et ont été reconnues monuments nationaux. Les ruines ont été aussi superbement restaurées, et témoignent aujourd’hui encore du passé glorieux de la baie.

De nos jours, un espace de 1500 mètres carrés a été aménagé face aux ruines et accueille divers évènements, tels que mariages, dîners, déjeuners d’entreprise ou autres. La capacité d’accueil est de 800 personnes pour un dîner assis, tandis que les lieux peuvent accueillir 1200 personnes lors de réceptions. Une vingtaine de personnes peuvent également dîner à l'intérieur des ruines, histoire de revivre le glorieux passé colonial de ces murs centenaires.

Pour plus d’informations, contacter le Maritim Resort & Spa au 204 1000 ou visitez le site web de l'hôtel: www.maritim.mu

Photo du haut: Vue aérienne du domaine (Crédit : Ludovic Aubert)

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