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Les vacances forcées du flibustier John Bowen à l’île Maurice

Pirate célèbre ayant amassé une fortune en écumant les eaux des Caraïbes, de la mer Rouge et de l'océan Indien, John Bowen fut accueilli en grande pompe à l’île Maurice en 1703, lorsqu’il y fit naufrage. Voici l’histoire rocambolesque de ce pirate choyé par les autorités néerlandaises…

Nous sommes dans la nuit du 7 janvier 1702, au large de la côte sud-est de l’île Maurice. À bord du Speaker, frégate négrière britannique prise par la ruse deux ans plus tôt, le capitaine John Bowen et son équipage sont d’excellente humeur. Ils sont sur le chemin du retour vers leur camp de base dans la baie de Bombetoke, à Madagascar, après une campagne des plus fructueuses. Le navire renferme en effet une petite fortune, estimée à environ 40 000 livres, après l’abordage réussi de nombreux navires dans la région, dont une flotte de 13 navires marchands arabes.

L’ambiance est donc à la fête à bord. Avec la bénédiction du capitaine, on se met à boire, à festoyer, à rire et à chanter. Le rhum coule à flots pour célébrer cette bonne fortune, et les officiers de garde ne tardent pas à rejoindre leurs joyeux compagnons de beuverie. Oubliant qu’en mer, une seconde d'inattention peut causer une catastrophe… Le vaisseau finit par s'échouer sur le récif de Saint Thomas, face à l’embouchure de Grande-Riviere-Sud-Est. L'équipage s’en sort et rejoint avec difficulté le rivage, sauvant ce qui peut l'être dans la débâcle…

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John Bowen

Personnage affable et enjôleur, John Bowen parvient par on ne sait quelle ruse à séduire le gouverneur néerlandais Roelof Diodati, celui-là meme qui fit des misères quelques années plus tôt à François Leguat et ses compagnons d’infortune François Leguat et ses compagnons d’infortune après leur périlleuse et incroyable traversée Rodrigues-Maurice… Le gouverneur reçoit royalement les flibustiers, qui ne se font pas prier pour jouir de ses largesses. Diodati accueille les forbans dans sa propre demeure, à Grand-Port, leur procurant le gîte et le couvert.

Tout ce petit monde vit ainsi assez confortablement durant pas moins de trois mois, pêchant, chassant et vaquant à diverses occupations dans la petite colonie hollandaise. Bowen a sans doute omis d’avouer à son hôte que, quelques temps plus tôt, le Speaker avait fait main basse sur la cargaison d’un vaisseau marchand armé par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales…

Quoi qu’il en soit, après trois mois de vacances agréables sur l'île, la compagnie de Bowen décide de repartir vers Madagascar pour reprendre une vie de méfaits. Les pirates achètent une chaloupe hollandaise et mettent rapidement le cap vers leur repaire, non sans avoir préalablement remercié chaleureusement Diodati pour son accueil. Bowen lui offre une bourse de 2 500 piastres sauvées du naufrage, et lui donne l’autorisation de remonter ce qu’il peut de l'épave. Le gouverneur propose à ses étranges nouveaux amis de faire escale quand ils le souhaitent sur l'île lors de leurs pérégrinations futures.    

Le capitaine John Bowen mourra peu de temps après de maladie à l'île Bourbon, en mars 1705. Il y avait débarqué avec une douzaine d’hommes en avril 1704, sans doute dans le but de vivre confortablement de ses rentes. Les descendants de certains de ces forbans vivent encore à La Réunion, dont les familles Dumesnil, de Guigne, Pradau ou Noёl.

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Le Speaker, navire pirate redoutable et redouté, gît depuis plus de 300 dans le lagon du sud-est de Maurice

Quant à l'épave du Speaker, elle fut redécouverte en 1979 par une équipe de plongeurs français dirigée par Patrick Lize. De nombreux vestiges furent remontés, dont une statuette en bronze à l’effigie d’une divinité hindoue, des lingots d’or, des pièces d’or et d’argent, des munitions, des bijoux, une montre à cadran solaire, des compas de navigation… Une partie de ces objets est aujourd’hui exposée au Musée Naval de Mahébourg.

Des canons et des boulets sont encore visibles de nos jours sur le site du naufrage.

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