Roger Julien forgeron depuis l’âge de 12 ans

Roger Julien forgeron depuis l’âge de 12 ans

Le métier de forgeron se pratique très peu de nos jours. Roger Julien est l’un des rares artisans qui continue à pratiquer ce métier qui date du Moyen Age et qui évolue constamment. Rencontre avec un homme qui gagne sa vie à grands coups de marteau.

Fort de ses 53 années d’expérience, Roger Julien est aujourd’hui l’un des meilleurs forgerons de la capitale. Et pourtant, son métier est en voie de disparition avec l’avènement de nouvelles technologies. À coups de marteau pilon, cet habitant de Tranquebar poursuit son petit bout de chemin dans un univers propre à  lui. C’est à la rue La Poudrière, à Port-Louis, qu’il opère dans son atelier de fortune. Au milieu des amas de barres de fer, il démarre sa journée à 7h 30 tous les jours. « Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai commencé ce métier très jeune. Comme dirait l’autre, il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud », dit-il. L’adage n’a pas tout à fait tort car l’expérience acquise durant ces années lui a permis de fabriquer des pièces en tous genres.

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Décoration de portails, appuis de fenêtre et divers travaux de forge sont parmi ses spécialités. « Autrefois, je fabriquais des roues pour les chariots. Cette belle époque est révolue et la profession a bien évolué car les forgerons profitent également de l’avancée technologique. Tous mes clients sont passionnés par le travail artisanal », dit-il. Et passionné justement par son métier, Roger Julien a, lui, préservé ses anciennes pratiques. Il continue d’utiliser sa forge à charbon pour chauffer le métal à environ 1000 degrés Celsius pour pouvoir faire l’étirement au marteau avec la technique de marteau pilon. « D’abord, il faut écouter le feu et entendre une sorte de respiration. Lorsque le métal devient rouge, il est malléable. Je le façonne ensuite sur l’enclume de l’atelier à l’aide du marteau pilon. C’est une tradition très ancienne. Le forgeron exerce un métier physique : les températures élevées auxquelles nous sommes soumis et l’usage de la force font que c’est un métier dur. C’est aussi un travail très complexe car il faut comprendre le chauffage du métal, le façonnage, la soudure des pièces. On est en charge de la production complète de nos pièces. Il faut surtout s’organiser car on sait que chaque pièce doit avoir une forme et des dimensions précises. Il faut étudier chaque plan et avoir une notion de métrologie », fait-il remarquer.

“A force de forger, je suis devenu forgeron”

Dans son atelier, Roger Julien chauffe les pièces, les martèle, les perce et les coupe. « Je me sers de divers instruments tels que des tenailles, des ciseaux et un marteau. Je trempe les pièces forgées dans de l’eau froide pour les durcir ou les recuire parfois jusqu’à l’obtention de la finition désirée. C’est avec mon père que j’ai appris ce métier depuis que j’ai 12 ans. J’ai arrêté mes études scolaires car j’étais intéressé par cette profession. Lorsque j’ai commencé, il n’avait pas encore de forge électrique. Il y avait une forge à charbon de terre qui était manuelle. C’est grâce à ce métier aujourd’hui que j’ai pu gagner ma vie. À force de forger, je suis devenu un forgeron professionnel. Mais tous les jours, une question me taraude : qui prendra la relève après ma mort ? De nos jours, les jeunes ne sont plus intéressés par ce métier qui est en passe de disparaitre », conclut-il.

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