Le camaron est un animal discret qui aime se réfugier dans les rochers et les herbiers.

Saveurs créoles: le camaron

 

Sorte de crevette géante d’eau douce, le camaron est un met savoureux qui se fait malheureusement de plus en plus rare dans les assiettes des Mauriciens. On le pêchait autrefois dans les rivières avec un brin d’herbe tressé en forme de lasso. Gros plan.

Crustacé d’eau douce à la chair délicieuse, le camaron fait partie des plats les plus recherchés à Maurice. Le mot “camaron” est sans doute dérivé de l’espagnol “camarón”, qui veut tout simplement dire “crevette”. Ce mot a certainement été utilisé pour différencier ces crevettes imposantes (une vingtaine de centimètres de long pour les plus gros spécimens) des espèces plus petites. On reconnaît généralement l’animal à ses pattes avant démesurées.

L'île Maurice compte deux espèces de camarons autochtones: le Macrobrachium lar et le Macrobrachium austral. Le Macrobrachium rosenbergii, une autre espèce, a été introduit dans les années 70 pour l'élevage. Plus agressives et territoriales, les deux premières espèces sont en effet beaucoup  plus difficiles à élever en captivité.

Petit cours d’eau idéal pour la pêche au camaron. Le courant n’est pas très fort et les brèdes songes offrent de l’ombre ainsi que de belles cachettes à l’animal.

Petit cours d’eau idéal pour la pêche au camaron. Le courant n’est pas très fort et les brèdes songes offrent de l’ombre ainsi que de belles cachettes à l’animal.

Jadis, enfants et adultes se postaient sur les berges des ruisseaux et des rivières pour pêcher à vue ce délicieux crustacé. Il fallait pour cela se munir d’un brin d’herbe qu’on attachait en forme de lasso. Une fois l’animal entré dans le cercle du lasso, il suffisait de tirer d’un coup sec pour le capturer. Parfois, certains utilisaient également un bâton sur lequel ils avaient collé un peu de mie de pain pour appâter les camarons.

Cette pêche demandait énormément de patience et de dextérité. Le camaron, qui aime se cacher, est plutôt difficile à repérer sur les fonds vaseux, dans les crevasses ou dans les herbiers qu’il fréquente généralement. De plus, c’est un animal plutôt méfiant de nature, qui disparaît en un clin d’œil au moindre faux mouvement. D'où l’expression créole “camarade camaron”...

La chair du camaron est tendre et délicate, un vrai régal pour les gourmets.

La chair du camaron est tendre et délicate, un vrai régal pour les gourmets.

Mais une fois attrapé, le camaron était rapidement transformé en succulent plat. Sa chair délicate et parfumée peut être concoctée de plusieurs manières, la plus célèbre à Maurice étant sans doute le fameux “camaron sauce rouge”. Il est aussi possible de le faire flamber avec du vin ou au beurre à l’ail persillé, mais également en différentes déclinaisons de currys. Autrefois, le camaron était un plat réservé aux classes sociales les moins favorisées. De nos jours, cette crevette d’eau douce vaut de l’or…

Cependant, la plupart des camarons consommés à Maurice proviennent maintenant de l'élevage, tandis que les camarons sauvages autochtones disparaissent petit à petit des cours d’eau à cause de la pollution et des activités humaines.

Pour la petite histoire, le camaron est également très apprécié en Louisiane, l'état le plus français des Etats-Unis. A la différence que là-bas, on l’appelle “chevrette”, nom que les Mauriciens donnent aux minuscules crevettes d’eau douce dont ils sont également très friands.

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