piment1

Saveurs créoles: les piments de l’île Maurice

Condiment indispensable à la préparation de nombreux plats locaux, le piment fait partie des ingrédients les plus consommés de l'île Maurice. Tandis que certains ont la capacité de causer des éruptions volcaniques dans les palais de ceux qui les mangent, d’autres sont plus abordables pour les néophytes...

Découvert en Amérique du Sud à l'époque de Christophe Colomb, le piment a depuis voyagé aux quatre coins de la planète. L’une des régions où il a été le mieux accueilli est la péninsule indienne, où ce petit fruit explosif a rapidement fait des émules.

Beaucoup pensent que son introduction à Maurice date de l'arrivée de Mahé de Labourdonnais dans l'île, en 1740. Le gouverneur général venant de l’Inde, il a sans doute emporté avec lui quelques spécimens de ce fruit si populaire sur la grande péninsule. Il est également possible que des immigrés indiens venant de Pondichéry aient commencé à cultiver la plante avant la venue du gouverneur. Quoiqu’il en soit, le piment a vite conquis notre petite île, devenant l’un des ingrédients les plus importants de la cuisine locale.

piment3La variété la plus populaire de Maurice reste sans conteste le “ti piman”. Il ne dépasse guère un ou deux centimètres de long, mais il est aussi le plus puissant. Autrefois, ce piment était appelé “piment enragé” par les natifs de l'île, et ce, pour d’excellentes raisons. Les palais peu habitués aux plats très épicés n’ont guère intérêt à y goûter, sous peine de brûler par l’action d’un feu terrible très difficile à enrayer.

Bernardin de Saint-Pierre, dans son livre Voyage à l’Isle de France, soutient que le “piment enragé” est une variété indigène de l'île. En réalité, il n’en est rien, car ce piment (Capsicum frutescens) pousse dans de nombreux pays. Cependant, il n’est pas à exclure que la variété locale ait subi des mutations et diffère quelque peu des autres Capsicum frutescens cultivés de par le monde. Preuve potentielle de cette adaptation au terroir local, le “ti piman Rodrigues” est fameux à Maurice pour être encore plus fort que la variété mauricienne.

Parmi les autres variétés de piment que l’on peut trouver sur notre île, le “piment long” est moins fort en bouche, quoiqu’il puisse également mettre le feu aux papilles des non-initiés. Pour les moins aventureux, le “piman cari” est une bonne introduction aux saveurs brûlantes du piment. Beaucoup plus gros et moins fort que ses congénères, il entre souvent dans la composition des caris locaux, ce qui lui a donné son nom. Le piment cari sert aussi de base à un plat populaire, le piment farci.

Il existe également d’autres variétés moins communes, telles que le “piman cabri”, une espèce “marronne” (sauvage) qui serait très appréciée par les chèvres. Certains Mauriciens parlent encore du célèbre “piman pétard”, parfois confondu avec le piment de Rodrigues mentionné plus haut. Cette variété serait, selon certains, venue de l’ile de La Réunion. Elle est difficile à trouver de nos jours.

piment2Outre leur utilisation lors de la préparation de nombreux plats, les piments servent aussi très souvent d’accompagnement au traditionnel “riz-cari”. Certains les croquent tout frais entre deux bouchées de riz, mais la plupart des Mauriciens les préfèrent confits, dans les “chatinis” ou sous forme de pâte telle que le célèbre mazavaroo (pâte rouge pimentée) ou encore le fameux “piment limon”, une spécialité rodriguaise.

Certains Mauriciens consomment tellement de piment qu’ils développent parfois une sorte de résistance à la puissance de feu des espèces les plus piquantes. D’autres ne peuvent plus rien avaler qui ne soit pas pimenté, trouvant fade n’importe quel plat non épicé. Les plus friands des amateurs de piment connaissent parfois un redoutable “retour de flamme” durant et après la digestion, phénomène décrit comme “le paiement de la taxe” dans le jargon local... Les mangeurs de piment le savent bien: ce n’est pas le feu de la bouche qu’il faut redouter, mais celui des entrailles.

Laisser un commentaire