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José Legris - La ravanne, une histoire d’héritage

Triangle, maravanne et ravanne… instruments indispensables pour jouer le séga tipik. Pourtant, ils ne sont pas beaucoup à détenir le savoir-faire pour fabriquer et restaurer ces instruments. Parmi ceux qui continuent à faire vivre ce patrimoine se trouve José Legris. Fils de feu Michel Legris, figure sacrée du séga aux côtés de Ti-Frère et Serge Lebrasse, il tient ce secret de son père qu’il a toujours accompagné. Cet homme qui est dans le partage nous a ouvert les portes de son atelier à Plaine des Roches où il exerce matin et soir.

ravanneQuand on parle de ravanne ou de son père, José Legris peut s’engager dans une conversation interminable. Vous êtes donc prévenu. Fervent défenseur du séga tipik comme l’était son père, pas étonnant qu’il suit aujourd’hui les pas de ce dernier. José ne fait pas partie de ceux qui gardent jalousement leurs connaissances. Il nous a invité à entrer dans son atelier, qu’il a aménagé chez lui, pour connaître les secrets de la fabrication de la ravanne.

José Legris est un ancien employé de compagnie sucrière. Lorsque l’usine pour laquelle il travaille ferme ses portes, il décide de faire de sa passion son métier pour pouvoir nourrir sa famille. Fabriquer la ravanne est un héritage que lui a légué son père. « Mon papa avait une ravanne qu’il utilisait lors de ses représentations. Il allait chanter dans des mariages et des fêtes. À l’époque, j’avais 8 ans. À force de jouer, la ravanne a fini par s’abîmer. On n’avait pas les moyens pour en acheter une autre ou de la faire réparer. Mon père s’est alors mis en tête de la réparer seul, malgrè son manque de connaissance en la matière. Il a cherché les branches de l’arbre à colle, une peau de cabri et a fait de nombreux essais jusqu’à obtenir quelque chose qui se rapprochait de la ravanne », se remémore José. Ce que faisait son père le fascinait.

Cette première tentative a fait germer en Michel Legris une envie de continuer à s’améliorer. José ne perd pas une miette. Il épaule son père dans cette nouvelle aventure. Au fil des essais, il obtient le résultat souhaité. Il se fait un nom dans ce domaine et ils sont nombreux à se ruer chez lui pour en acquérir une. Entre-temps, José, avec le soutien de son père, décide lui aussi de s’y mettre. « À force de voir mon père fabriquer les ravannes, de l’aider, je suis tombé amoureux de ce métier ».

Si aujourd’hui il utilise les planches fines pour faire le cercle de la ravanne, José ne laissera jamais tomber la ravanne traditionnelle. Il visite souvent des amis bouchers pour acheter la peau de cabri qu’il travaille ensuite. « Il faut la laver à plusieurs reprises, la mettre à tremper dans une eau avec de la chaux pendant plusieurs jours, la brosser et faire en sorte qu’elle soit propre à 100%. J’ai souvent des clients d’Australie. Les autorités australiennes sont très strictes au niveau sanitaire et je dois leur garantir un produit sans risque ».

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Une fois cette étape franchie, il s’attaque au cercle sur lequel viendra se poser la peau après séchage. José propose plusieurs dimensions, pour les petits comme pour les grands. Tout est travaillé au millimètre près. La fabrication de la ravanne requiert une dextérité, une concentration mais surtout de l’expérience. Après plus d’une trentaine d’années à manier la ravanne, il sait à l’œil comment placer la peau. Il nous dira tout simplement « qu’il y a des règles à respecter ». La partie la plus délicate est d’étirer la peau sur le cercle. Puis, il la fixe avec des clous. On le laissera travailler tranquillement tout en ne le quittant pas des yeux. Entre le premier jour de travail et le produit fini il faudra attendre un peu moins d’une dizaine de jours. Son épouse prendra ensuite la relève pour coudre les housses qui protégeront l’instrument.

Du temps de son père à aujourd’hui, José a su évoluer. « Je me souviens avoir joué à la ravanne au siège de l’ONU aux États-Unis. Je ne parle pas de ravanne synthétique mais traditionnelle. On ne pouvait pas faire un feu de camp pour les chauffer et il a fallu trouver une solution. Cette expérience m’a fait réfléchir car ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des ravannes synthétiques car elles ne nécessitent pas d’être chauffées. Je suis attaché à la ravanne traditionnelle et c’est pour cela que j’ai essayé de l’améliorer ». José passe alors son temps dans son atelier, à analyser, faire des expériences, tester, rectifier pour venir dans un premier temps avec une ravanne qui demande à être chauffée qu’à 50 %. Il poussera ensuite l’expérience jusqu’au bout pour arriver enfin à une ravanne qui est naturellement chauffée à 90%. « Il vous suffit de la mettre 5 à 10 minutes au soleil ou de mettre une lumière avec un voltage assez fort et le tour est joué ». Son secret, il ne nous le dévoilera pas, du reste c’est la seule chose qu’on ne saura pas.

En achetant une ravanne avec José, un cours d’introduction vous est offert. L’occasion de s’initier à ce bel instrument.

Contact : 5785 7962

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