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Terre de randonnées - À travers sentiers et montagnes [Maurice]

Au-delà des plages immaculées et des lagons turquoise, l’île Maurice est aussi une terre de tourisme intérieur encore méconnue certes, mais qui commence à intéresser ceux qui recherchent les plaisirs simples du contact avec la nature mais aussi des sensations fortes à travers des escalades et le canyoning notamment. C’est un loisir qui n’est pas très onéreux, la plupart des sites étant du domaine public, toutefois, pour ceux qui ne connaissent pas les lieux, il existe désormais des prestataires qui offrent des randonnées accompagnées et en toute sécurité. Nous avons fait le tour des principaux sentiers et pistes.

Dans les hauteurs de Plaine Champagne

On compte aujourd’hui moins de 2 % de forêt primaire et la grande partie se trouve dans les hauteurs de Plaine Champagne, grâce notamment aux efforts de conservation du National Parks and Conservation Service qui a créé des régions protégées (Conservation Management Areas) à cet effet. À Pétrin, il est possible de faire des randonnées dans ces forêts et de constater le formidable travail qui a été fait tout en profitant de belles promenades sur des sentiers balisés.

Pétrin se situe après le réservoir de Mare aux Vacoas en venant du centre de l’île et juste à la jonction de la route menant vers Grand Bassin. Si la région de Pétrin couvre une superficie de 11 hectares, elle fait partie d’un plus grand espace, celui des Gorges de la Rivière Noire qui s’étend sur 180 hectares. La zone de Pétrin comprend Mare Longue, Macchabée, Les Mares et Plaine Champagne. Située à une altitude entre 580 et 770 mètres au-dessus du niveau de lamer, elle est particulièrement arrosée avec une pluviométrie annuelle de 3 500 à 4 000 mm. Un centre d’accueil pour les visiteurs vous donne une indication de la zone avec une carte détaillée des différents sentiers de randonnées. À l’extérieur, un arboretum indique les différentes plan tes indigènes qui font l’objet du projet de conservation. À l’intérieur, une carte en trois dimensions vous permet de mieux situer l’endroit et d’en avoir un aperçu global. Des panneaux expliquent le travail de conservation du National Parks and Conservation Service. Les Forest Rangers sont aussi disponibles pour répondre à vos questions et vous aider à mieux organiser votre randonnée.

randonnéesÀ partir de Pétrin, il existe quatre sentiers de randonnées : celui de Macchabée, la boucle de Mare Longue, le tracé du Parakeet et le sentier forestier de Macchabée. La boucle de Mare Longue est le parcours le plus long totalisant 12 km. Il part du centre des visiteurs pour aller vers le réservoir de Mare Longue en passant à travers la forêt en altitude de Macchabée et celle du plateau de Mare Longue. La marche, d’une durée d’environ trois heures, est de difficulté très moyenne et convient aux randonneurs peu expérimentés. Avec un peu de chance, vous pouvez croiser la grosse cateau verte (Echo Parakeet) ou le Pigeon des Mares (Pink Pigeon), et plus certainement les bulbuls noirs. Ces petits oiseaux, et aussi l’échenilleur malgache (cuckoo shrike), vous accompagneront aussi sur le sentier plus court de la forêt de Macchabée (8 km) qui suit le sentier de Macchabée sur 3,3 kilomètres, avant de rejoindre la boucle de Mare Longue.

Le sentier de Macchabée est long de 10 km mais beau coup plus difficile. Il prend de Pétrin pour descendre jusqu’au centre des visiteurs de Rivière Noire. Le trajet en vaut la peine avec des vues spectaculaires dans les gorges et la possibilité de voir les vols majestueux des pailles-en-queue, la crécerelle et d’autres oiseaux tropicaux. Le sentier de Colophane, situé à un kilomètre après la jonction de Macchabée, vous donne la possibilité de descendre par un chemin moins abrupt dans les gorges. Comptez au moins quatre heures de marche.

Autre sentier de difficulté comparable, le Parakeet Trail long de huit kilomètres, démarre 50 m après le poste de police de Plaine Champagne en direction de Chamarel. Il descend dans les gorges jusqu’au centre des visiteurs de Rivière Noire. Sur le parcours, il n’est pas rare de voir la perruche mauricienne.

Sur les différents sentiers vous allez probablement trouver les envahissants goyaviers de Chine et, avec un peu de chance, les fruits rouges et jaunes qui font d’excellentes confitures. Avec un peu plus de chance, vous pourrez aussi cueillir des fraises des bois et admirer la fleur de la République, le Trochetia boutoniana (Boucle d’oreille). Dans tous les cas, vous passerez un bon moment dans la nature avec, par moments, des plongées dans une vision primale de l’île. Bonne randonnée.

Sophie’s Walk : une promenade fraîcheur

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Situé à quelques kilomètres de Grand Bassin et de Plaine Champagne, Plaine Sophie est un endroit idéal pour une randonnée en toute tranquillité offre tout cela. Ce lieu nous ramène à l’essentiel : la nature. S’étirant sur une surface forestière de 10 hectares, cet espace nature comprend un arboretum, un musée où sont présentés des outils utilisés dans la forêt autrefois et une serre de fougères.

Pour pénétrer dans cette foison verdoyante, il suffit d’enfiler ses baskets, se recouvrir de crème anti moustique et d’emporter avec vous de quoi pique-niquer. L’endroit est tellement ombragé que la crème solaire est superflue. Différents parcours sont proposés. Nous emprunterons celui d’Ébène, long de 3 kilomètres. Le spectacle végétal est impressionnant et vous ouvre les yeux sur une des richesses de l’île Maurice, sa flore. On côtoie des fougères arborescentes. Endémiques des Mascareignes, les fandias (Cyathea excelsa) étendent leurs branches fournies pour nous accueillir. Autour de nous se mêle une farandole de tons vert et brun.

Le sentier est bien défini. Ci et là, des kiosques invitent à une petite pause ou à un pique-nique en pleine nature. Seul le chant des oiseaux brise le silence. De temps à autre quelques singes, non effarouchés par notre présence, sautent d’arbre en arbre. On découvre un ruisseau, puis un petit pont qui nous mène sur les berges de l’autre côté de la Mare aux Vacoas. Le calme et la sérénité apportent du cachet à l’endroit. La balade ne s’arrête pas là car en face du parking, de l’autre côté de la route se trouve des jardins et le bureau des gardes forestiers. Le jardin des plantes endémiques, qui se trouve non loin d’un ruisseau, est un must. « Bois Chandelle », « Bois de Natte », « Bois Colophane », des dizaines de plantes vous y attendent.Ce parcours est accessible aux petits comme aux grands.

Le centre des visiteurs mérite aussi le détour. On y découvre la richesse de la flore mauricienne et on apprend un peu plus sur la fameuse fleur nationale, la Boucle d’Oreille (Trochetia Boutoniana).

Monvert Nature Walk : rencontre avec une flore exceptionnelle

Situé à Forest Side, Monvert Nature Walk est un coin nature qui peut se visiter sans guide. Si le parcours n’est pas un des plus beaux, il reste toutefois riche en découvertes à travers une flore comptant de nombreuses espèces endémiques de l’île Maurice.

Le site se trouve à la sortie de Curepipe, plus précisément à 16e mille, Forest Side. Placé sous l’égide du Ministère de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire, Monvert est non seulement un parcours de randonnée, mais aussi un lieu de conservation de plantes endémiques rares. Le site est constitué de deux parties : un Visitors Center, à visée pédagogique, et un espace en pleine forêt dédié à la randonnée.

Le Visitors Centre est une mine d’informations sur la flore et la faune exceptionnelles de l’île. On y découvre des plantes endémiques, indigènes mais aussi des espèces en danger et des plantes médicinales. Le projet du Monvert Nature Walk a été lancé en 2001, et le site a ouvert en 2006. Une exposition photos explique l’importance de la forêt et de sa conservation ainsi que le travail qui a été effectué pour éradiquer les espèces invasives.

Un arboretum entoure ce petit musée d’exposition. Plus de 150 plantes endémiques et indigènes y ont trouvé une place et parmi, le bois de pintade, le bois de pomme, le Dombeya, entre autres. Ce jardin, dans lequel on pourrait passer des heures à découvrir les différentes plantes dont les plantes médicinales et leurs vertus, abrite aussi des espèces hautement menacées d’extinction, à l’instar du Palmiste boucle ou de l’Elaeocarpus bojeri.

Le circuit de randonnée commence un kilomètre plus loin. On peut s’y rendre en voiture ; attention quand même aux nids-de-poule. La forêt s’étend sur plus de 70 hectares. Si vous ne voulez pas vous perdre, nous vous conseillons de prendre le plan au Visitors Centre.Deux sentiers s’offrent à vous : Parcours Bois de Natte(2,8 km), Parcours Bois d’Ébène (2,5 km). Le parc est aménagé avec quelques aires de repos ou de pique nique.Vous trouverez également une plate-forme élevée qui vous permettra de contempler la vue. Ce qu’on retient de cette balade c’est la rencontre des espèces endémiques dans leur milieu naturel. Pensez à prendre anti moustiques, crème solaire – car il y a très peu de place pour s’abriter du soleil, et de l’eau.

Bras d’Eau : quand l’histoire rencontre la science

Le littoral mauricien offre aussi des lieux de promenades à travers les bois. C’est notamment le cas à Bras d’Eau dans le nord-est de l’île. Le parc national de Bras d’Eau, le dernier carré de forêt côtière sèche deMaurice, offre l’avantage de terminer la randonnée aubord de la mer. S’étendant sur une superficie de 497,2 hectares de forêt, le parc national de Bras d’Eau comprend la forêt de Bras d’Eau qui fait 406,19 hectares et une partie des pas géométriques de Poste Lafayette (91,01 hectares).

Pour y arriver, il vous suffit de traverser le village de Rivière du Rempart, puis de Roches Noires, pour vous retrouver au beau milieu d’une forêt source de fraîcheur. Le point de départ se trouve à proximité du centre de visiteurs, à Bras d’Eau. Le département des Bois et Forêts du ministère de l’Agro-industrie y a aménagé une aire de stationnement et des kiosques pour les pique-niqueurs. Dès votre sortie de voiture, vous vous retrouvez nez à nez avec les ruines d’une ancienne usine sucrière qui a fermé ses portes en 1867.

Le bâtiment officiel abrite une salle qui raconte l’histoire du lieu à travers quelques photos de la faune et flore du parc national et aussi celles des vestiges, témoins du passé, et d’autres informations utiles pour une randonnée. Ainsi, l’on apprend que cette partie des terres du littoral Est appartenait au Dr Clément Ulcoq. Le gouvernement colonial a racheté l’intégralité de la région de Bras d’Eau en 1901. C’est alors que la forêt indigène d’origine fut remplacée par des espèces exotiques telles que l’eucalyptus et l’acacia. Ce n’est que quelques années plus tard qu’un immense verger, composé de milliers de manguiers et de litchis, fut planté.

De l’autre côté de la route, là où commence le sentier de randonnée, se trouve un puits en pierre de taille de l’époque française de 50 pieds de profondeur. On peut y pénétrer et jouir d’une perspective insolite. La randonnée de Bras d’Eau est accessible aux petits comme aux grands, et fait trois kilomètres à l’aller. Au retour vous avez le choix entre emprunter le même sentier qu’à l’aller ou prendre un petit sentier menant à la plage de Poste Lafayette.

Si vous êtes chanceux vous pourrez être accueilli par le doux chant des coqs des bois, oiseaux endémiques de Maurice et de La Réunion, et par le spectacle insolite de chauves-souris suspendues aux arbres. Vous pourrez aussi croiser des tenrecs et des mangoustes ainsi que des poules d’eau vivant dans les zones humides. Bras d’Eau c’est aussi l’habitat privilégié du tchitrec des Mascareignes, un oiseau endémique. Cette espèce est menacée en raison de la déforestation.

La forêt de Bras d’Eau compte aussi des plantes endémiques et indigènes dont deux espèces de bois d’ébène (NdlR : le Diospyros melanida et le Diospyros egrettarum) et le técoma. Selon le département des Bois et Forêts, vous pouvez aussi y trouver l’Ornellia Aphrodite, une orchidée rare de Maurice.

À un moment, le sentier rencontre une cave naturelle qui annonce la proximité de la Mare Mahogany. Un lieu de repos ! La profondeur de l’étang est d’environ 30 pieds. Une deuxième mare vous attend un peu plus loin, la Mare aux Chevrettes. Ensuite, les ruines d’un ancien four à chaux. Toutefois la mare Sarcelle, un lac d’un peu plus de quatre hectares, n’est pas visible car elle se trouve en dehors des sentiers de randonnée. Mare Sarcelles est une zone humide qui abrite des oiseaux migrateurs. De nombreux projets attendent ce parc, notamment la mise en avant de la richesse historique des ruines du site. À noter que le site abrite également le Mauritius Radio Telescope (MRT), un centre astronomique mis en place en 1992 et géré par l'université de Maurice.

Le Morne : une escalade émotionnelle

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De difficulté moyenne, l’escalade du Morne est intéressante à plus d’un titre. Classée au Patrimoine mondial de l’humanité depuis 2008, la montagne du Morne a une forte charge émotionnelle car elle était le refuge des esclaves qui avaient fui leurs conditions atroces dans les plantations. Une imposante croix est érigée en souvenir des esclaves qui y ont perdu la vie. Du haut du Morne, on a accès à un point de vue panoramique unique sur les côtes sud et ouest de l’île. Le site est désormais accessible au public, mais il est recommandé de se faire accompagner par des guides professionnels car la dernière partie est assez ardue et une corde de rappel nécessaire.

L’ascension commence par une longue marche sur une pente assez raide à partir du côté ouest. Un échauffement qui demande déjà un effort à la pompe cardiaque. Premier arrêt à 150 m au-dessus du niveau de la mer. Le temps de reprendre son souffle et d’admirer la péninsule du Morne, l’on reprend le sentier qui commence à contourner la montagne. Les filaos cèdent la place à des arbustes endémiques comme le bois de Reinette mais aussi à des baies roses qui donnent une senteur poivrée au sentier. Nous sommes partis depuis maintenant 45 minutes et on arrive presque à mi-hauteur. La côte sud de l’île surgit brusquement avec en premier plan, l’îlot Fourneau qui se détache du littoral. L’on aperçoit une culture de mangrove devant servir à repeupler le lagon de la région.

Après une nouvelle halte, on attaque la partie la plus escarpée de l’ascension. Il faut parfois s’aider de ses mains pour s’agripper à la roche ou aux branches. Heureusement, les parties les plus dures sont pourvues de cordes qui réduisent les risques de perte d’équilibre et de chute. Une attention plus soutenue et un effort ardu sont requis mais tout au bout, la récompense de l’effort en vaut la peine. Une vue magnifique à la fois des littoraux ouest et sud et sur la montagne de Chamarel qui s’étend jusqu’au plateau central. Quelques pigeons et des pailles-en-queue viennent ajouter une note onirique au paysage. Sur l’aire de repos, l’on remarque également quelques arbustes en fleurs. Il s’agit du trochetia boutoniana, aussi appelé boucle d’oreille, emblème floral de la République depuis 1992 et arbuste endémique que l’on trouve surtout sur les pentes du Morne. Nous sommes à quelque 500 mètres du niveau de la mer. Il reste un dernier pan de montagne que nous n’escaladerons pas en raison d’une verticalité certaine et qui demanderait des équipements et des conditions physiques aguerries. Nous reprenons donc la route inverse en multipliant cette fois les précautions, n’hésitant pas à descendre en position assise et en crabe. Mais après la partie escarpée, nous renouons avec une marche plaisante jusqu’au point de départ.

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