Charbonniers

Fabrication artisanale - Charbonniers : les derniers gardiens de la tradition

Supplanté par le gaz ménager, le charbon survit aujourd’hui grâce aux fameux barbecues du samedi. Pour combien de temps encore car les charbonniers ne se comptent plus que sur les doigts d’une main. Ishwar et Soobiraj Poodun en font partie. Père et fils perpétuent, en dépit de la dureté de ce métier, une tradition qui date de la colonisation de l’île.

Pour comprendre ce travail d’artisan et suivre les phases de la fabrication artisanale du charbon de bois, il faudra s’armer de courage et suivre nos deux charbonniers dans la brousse. Suivez la petite fumée visible depuis le village de Chebel, celle-ci vous conduira tout droit vers un endroit insoupçonné. C’est une clairière où Ishwar, la soixantaine, et son fils Soobiraj ont érigé une hutte éphémère qui durera le temps de la fabrication du charbon de bois. Autour de nous se trouvent quelques sacs de charbon qui attendent les clients, quelques outils utiles lors des différentes étapes de fabrication, quelques gros troncs d’arbres qui serviront pour d’autres occasions et une échelle, indispensable lors de ce processus. Tout en travaillant, Ishwar nous conte son histoire. Cet ancien ouvrier de l’industrie sucrière s’est retrouvé charbonnier pour arrondir ses fins de mois difficiles en suivant les pas de son ami Marco. Si au début il n’était que simple manœuvre - il cassait le charbon – son ami le met face aux difficultés du métier. « Il m’a demandé un jour de monter un « four » (NDLR : une cheminée). Je ne m’y connaissais pas et je n’avais obtenu que des cendres. » Malgré de nombreux échecs, Ishwar ne désespère pas et finit par maîtriser les techniques. Ce métier, dur et minutieux, requiert de la patience, du courage mais aussi une détermination, car nombreux sont ceux qui ont fui devant l’échec, nous confie-t-il en montrant sa passion et sans jamais se plaindre. Bien au contraire, il se dit heureux d’avoir pu transmettre ce savoir-faire à son fils.

« Tout l’art de la fabrication du charbon de bois réside dans la maîtrise du feu. Il faut savoir brûler doucement le bois, juste à point, sans trop le consumer, pour éviter qu’il se réduise en braise mais suffisamment pour qu’il se transforme complètement en charbon. Cinq camions de bois sont nécessaires pour faire cinquante sacs de charbon. Les bois utilisés proviennent des manguiers, longaniers, litchis, acacias, tamariniers, eucalyptus, cassiers, entre autres ».

Une fois le bois coupé, les deux hommes bâtissent la cheminée, indispensable à l’allumage. La base de cette cheminée est de forme triangulaire. Les morceaux de bois, choisis parmi les plus droits, sont croisés et posés les uns sur les autres. La cheminée doit épouser la verticale. On remarque le bois qui servira au montage de la meule, coupé à un mètre de long. Il est disposé tout autour de l’emplacement et trié en fonction de sa grosseur. C’est avec la plus grande attention qu’ils édifient la cheminée qui atteindra au final deux mètres de haut. Puis, ils tournent autour en plaçant un à un les morceaux de bois contre celle-ci. Les plus gros morceaux qui demandent plus de temps pour être carbonisés sont placés en premier.

shwar veille à ce que les morceaux de bois soient serrés les uns contre les autres, sans enchevêtrement, de manière qu’à la cuisson, la meule s’affaisse doucement sans s’effondrer. Pour contrôler la carbonisation et s’assurer que le bois se consume lentement, ils ajoutent une enveloppe de terre et de paille qui permet d’assurer une meilleure étanchéité. « Il faut laisser une porte pour allumer le feu », explique Ishwar. Ce dernier donne de temps à autre des conseils à son fils. Puis verse dans la cheminée du charbon. De la braise en ressort.

Veiller et encore veiller. Cela prendra trois, quatre ou même cinq jours avant de voir sortir le charbon. Une chaleur insupportable se dégage du « four ». Malgré cette chaleur et le danger, et à l’aide de son échelle, Ishwar monte sur la pyramide pour ajouter du charbon. Lui qui apprivoise ce feu depuis 8 ans, sait à quel moment il faut agir. Après de très longues heures, il bouche définitivement le trou de la cheminée par des grosses mottes. La nuit sera très courte et meublée de plusieurs réveils pour surveiller l’évolution de la carbonisation. Chaque trou d’air sera comblé.

Il faudra patienter trois jours avant que la fumée commence à changer et se dire que c’est enfin prêt. La fournée a changé d’aspect, elle s’est considérablement affaissée. Une partie des mottes s’est transformée en cendres et en fonction de la nature et de l’humidité du bois, les stères sont carbonisés.

S’ensuit alors l’opération de refroidissement qui a pour but d’étouffer totalement le feu et d’enlever tous les éléments qui pourraient polluer le charbon. Une fois les mottes enlevées, on remarque en périphérie quelques morceaux de bois qui n’ont pas été transformés en charbon. On aperçoit aussi la fournaise et on comprend mieux la nécessité de bien étouffer le feu avant de pouvoir extraire le charbon. Puis, à l’aide de leur pelle, les charbonniers nettoient soigneusement les abords de la fournée. Ils interviennent toujours par petites zones pour éviter toute réactivation du feu. Le charbon fait son apparition une fois les mottes non consumées enlevées. Avec un râteau à grandes dents, ils commencent par tirer le charbon qui émet un son cristallin. Ensuite, ils l’étalent en cordons concentriques sur l’emplacement de la fournée, le plus largement possible pour pouvoir repérer toute reprise de feu qu’Ishwar éteint rapidement par quelques filets d’eau. Lorsque tout risque de feu semble écarté, le charbon est emballé et prêt pour la vente. Quand les sacs seront sur le point d’être épuisés, le processus recommencera. Le plus longtemps possible espèrent Ishwar et Soobiraj.

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