Paul-Choy

Paul Choy - Voir le monde avec un autre œil

Ses aventures sont suivies par plus de 40 000 fans à Maurice et à travers le monde ; ses photos sont des histoires en elles-mêmes mais il aime souvent les accompagner de textes riches qui parlent de ses contacts humains. Mauricien par son père, mais vivant jusqu’ici en Angleterre, il a décidé, il y a six ans, de faire de cette terre sa nouvelle patrie. À travers son travail, Paul Choy en fait la promotion bien au-delà des clichés de l’île Maurice. Portrait d’un ambassadeur sorti des sentiers battus.

Paul Choy aurait pu être un fils d’immigré comme tant d’autres en Grande-Bretagne. Son père, comme beaucoup de Mauriciens, est allé en Angleterre à la fin des années soixante pour être infirmier. Il y a rencontré une Anglaise, se maria et s’établit dans une région où il y avait peu de compatriotes. À cette époque, le contact avec le pays natal est quasi inexistant et Paul n’entendra que très peu le créole si ce n’est en écoutant les chansons de Michel Legris que son père écoutait dans une radiocassette portable dans la voiture. Pour autant, cela ne devait pas le marquer plus que cela.

Paul Choy se rendait toutefois à Maurice pour des vacances mais restait dans les hôtels. Son premier souvenir reste celui de l’hôtel La Pirogue qui venait d’ouvrir ses portes en 1976. Mais il avoue avoir eu peu de contact réel avec le pays profond. À l’école, il était plutôt mauvais élève, ne se retrouvant pas « dans le système éducatif britannique des années 70-80, basé sur la répétition et non la compréhension ». Il quitte alors l’école à 16 ans, travaille dans une banque, puis part en Espagne et travaille dans le tourisme avant de revenir en Angleterre pour lancer son propre business, une société d’investissement. Pendant quelque vingt ans, il va y passer dix-huit heures par jour avec le même objectif que les Occidentaux : « gagner de l’argent pour avoir une vie ». Puis il y a six ans, cet homme marié, père de deux enfants, ressent un soudain désir de changer pour une autre vie.

FACES OF MAURITIUS

La famille Choy vient alors à Maurice pour six mois pour réfléchir à l’avenir. « Après six semaines, j’ai su que c’était ici que je devais poser mes valises définitivement. Je crois que j’ai été poussé par les enfants, par une envie certaine de leur donner un meilleur cadre de vie. À la différence de l’Europe, ici c’est une course vers la vie. Alors pourquoi ne pas sauter une étape et aller directement à la vie ? Ici on a les avantages de la vie moderne sans nécessairement les désavantages », explique Paul.

La famille Choy pose ses valises à Grand Baie. Si Paul détient la nationalité mauricienne, il fut tout de même contraint de faire la démarche pour apprendre « à devenir Mauricien ». Il décide alors d’aller à la rencontre des Mauriciens et découvrir l’île Maurice et sa culture. Il arpente les villages avec sa caméra compacte Fuji qui « aide à briser la glace ». C’est alors que naît sa passion pour la photographie, n’ayant fait jusqu’ici que des photos de famille. Si son sens artistique inné lui permet de saisir les expressions humaines et la beauté des paysages, il se documente et fait des recherches sur la photographie pour améliorer son travail.

Son premier projet sera « Faces of Mauritius », une série de portraits de personnalités et d’anonymes mauriciens représentatifs de l’île. Il publie son travail sur son site et les réseaux sociaux et le succès est immédiat. « Je crois que cela s’explique par le fait que les photographies résument très bien les personnes », avance Paul. Effectivement, de la gynécologue à l’humour mordant au pêcheur dont chaque ride semble raconter une histoire en passant par le chanteur à l’expression vive, ou encore la jeune adolescente songeuse, chaque image raconte une vie. C’est en cela que résident l’unique ambition et l’envie profonde de Paul.

« Mon but c’est de raconter des histoires de vie. Je suis photographe documentaire. J’essaie d’établir une connexion entre le sujet et celui qui va regarder la photo. J’essaie de capturer l’émotion du lieu ou de la personne ».

COMMENT TROUVE-T-IL LA BONNE HISTOIRE ?

« Il n’y a pas de « bonne histoire », il y a « des histoires » qui se racontent ou pas, des succès, des échecs ; il faut raconter l’histoire dans son ensemble et non rester à la surface. Une personne qui va en prison, est-ce seulement parce qu’elle a fait de mauvaises actions? Je crois qu’il faut aller au bout de l’histoire. Nous concluons qu’une personne est en prison parce qu’elle est mauvaise mais c’est plus compliqué que cela », affirme Paul.

Le photographe se dit interpellé par l’injustice sociale. « Je suis intéressé par les origines, par l’anthropologie par les questions de l’immigration, par ce qui se passe en Europe actuellement. Que ferions-nous si nous étions à la place de ces gens qui vivent la violence et la guerre au quotidien et qui cherchent un ailleurs meilleur ? Aurions-nous le courage de faire la traversée de la Méditerranée sur des barques de fortune ? », s’interroge-t-il en ajoutant qu’il ne faut pas oublier que tous les Européens descendent d’un homme et d’une femme africains et que le voyage est dans notre ADN.

Paul n’est pas intéressé par les photos glamours, « qui sont très bien sans doute », s’empresse-t-il d’ajouter « mais dans un magazine quand je vois une photo d’une belle fille, d’un beau garçon sur la plage, je tourne la page car il n’y a pas d’histoire derrière ».

Par contre, à Maurice il y a tellement de choses à raconter, sur les gens, sur la dégradation de l’environnement, nous confie-t-il en énumérant nombre de sites, touristiques ou pas, pollués par le plastique et autres déchets. Cet intérêt pour son pays d’adoption va au-delà de la qualité de vie qu’il y a trouvée. « Mon cœur est à Maurice même si je travaille à travers le monde. J’ai eu la chance de pouvoir voyager et je comprends mieux la chance que nous avons à Maurice. Je me sens « plus » mauricien que des Mauriciens de naissance car certains prennent les choses pour acquises », assure-t-il. Pourtant, il revendique une certaine dualité. « Je suis à la fois fier de la fête de l’Indépendance et de voir l’équipe de foot de l’Angleterre jouer ». Son regard sur son nouveau pays est à la fois lucide et subjectif. « J’ai pu voir que Maurice a connu deux changements fondamentaux : l’internet, l’ouverture « totale » sur le monde et l’accès aérien plus abordable et plus seulement réservé aux riches ». Des changements qui façonnent le pays et que Paul suit désormais pas à pas pour mieux les raconter.

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