Didier Robert, Président des Iles Vanille - La réussite de nos destinations passe par une diversification de notre clientèle -

Didier Robert, Président des Iles Vanille - La réussite de nos destinations passe par une diversification de notre clientèle -

Le nouveau président des Îles Vanille, Didier Robert, est résolument optimiste quant à l’avenir de l’association india-océanique. Il assure que toutes les îles, Maurice comprise, veulent collaborer pour sa réussite. Un succès qui devrait passer par la diversification de la clientèle touristique, affirme-t-il. Le bouillant président de la Région Réunion nous confie aussi ses espoirs pour le progrès du tourisme à l’île sœur qui, le reconnait-il, accuse un énorme retard sur Maurice mais a fait d’énormes progrès depuis quatre ans.

Quelles sont vos priorités en tant que nouveau Président des Iles Vanille ?
Depuis quatre ans, au sein des Îles Vanille, nous nous sommes donnés comme objectif de redynamiser le tourisme dans la région océan Indien, de mieux l'adapter aux évolutions de la demande internationale, dans le but de conquérir ensemble de nouveaux marchés touristiques, notamment dans les pays émergents tels que la Chine et l'Inde. Mais nous nous sommes assignés comme devoir de répondre à ce défi  en même temps qu'à celui du développement durable de nos îles, qui est la seule voie réaliste si nous voulons inscrire notre action dans la durée. Ma priorité aujourd'hui est de poursuivre sur cette voie que nous avons tracée et de développer les projets que nous avons initiés, tels que la commercialisation des séjours combinés, la promotion de nos destinations auprès des tour-opérateurs, la mise en place de croisières, d'une toile aérienne commune et de nouveaux circuits touristiques...

Nous devons en parallèle avancer sur l'encrage de notre image autour de la signature «Iles Vanille ». Nous avons aujourd'hui l'outil, avec l'association VIO (Vanilla Islands Organisation) qui a débouché sur la création d'un site web commun et mul -tilingue, d'une chaîne de télévision commune, de films de promotion communs... Les touristes potentiels doivent pouvoir mieux nous identifier sur la carte du monde. Le chantier est vaste, et il reste encore des obstacles à surmonter. Nous devons par exemple apporter des réponses aux questions des dessertes aériennes, des bassins émetteurs jusqu'à l'océan Indien, mais aussi celle d’une meilleure connexion entre les îles. Nous avons pour La Réunion franchi quelques étapes pour régler la question de l'assouplissement de la politique de délivrance des visas grâce au combat acharné que j'ai mené avec Jacqueline Farreyrol et l'ensemble des acteurs du tourisme.

L’assouplissement de l’obligation de visa pour les touristes chinois et indiens est une première victoire pour vous. Toutefois, il y des détracteurs qui ne semblent pas de cet avis…
Je laisse les détracteurs à leur jeu qui ne fait pas avancer La Réunion. Ce sont d'ailleurs ceux qui ont échoué qui critiquent... Le travail et la persévérance ont eu raison du reste. En tant que députée puis sénatrice, Jacqueline Farreyrol défend depuis 2007 auprès du Gouvernement français cette question.
En tant que Président de Région, j'ai naturellement posé ce sujet au cœur de notre stratégie touristique et interpellé les membres du gouvernement à maintes reprises.
Nous avons obtenu en 2012 un premier assouplissement des visas pour les Sud-Africains. Et les chiffres le démontrent : le nombre de touristes sud-africains qui viennent à La Réunion a augmenté de 57 %. La décision confirmée ces jours derniers d'une exemption pour les touristes chinois et indiens constitue une avancée pour notre tourisme. La réussite de nos destinations passe par une diversification de notre clientèle. C'est très exactement ce que ces progrès vont faciliter.

Parmi les membres des Iles Vanille, Maurice est incontournable mais Port-Louis semble vouloir rester sur la touche. L’absence du ministre à la réunion de Tana et la non-représentation au Carnaval des Seychelles en sont des signes qui ne trompent pas…
Il y a quelques jours, toutes les îles étaient présentes à Maurice pour un atelier de travail porté par les Iles Vanille. Le ministre du tourisme mauricien a même réalisé une session de travail avec notre équipe et tout particulièrement sur le prochain événement labellisé Iles Vanille qui se déroulera à Maurice à la fin de l’année.
Il y a bien une volonté de l’ensemble des îles, Maurice y compris, de coopérer. La Présidence des Iles Vanille sera par ailleurs assurée par l'Ile Maurice dans quelques mois.

Le tourisme peine à décoller à La Réunion. Outre le problème de visa, quelles sont vos faiblesses ?
Le tourisme a été placé comme priorité depuis de nombreuses années à Maurice et aux Seychelles avec un engagement fort des gouvernements. Sur ces 20 dernières années, nous avons pris du retard. Nous nous sommes contentés pendant longtemps d'investir beaucoup sur le seul marché de la France alors que le tourisme mondial se conjugue chaque jour davantage autour des grands pays comme l'Inde, l'Afrique du sud ou la Chine.
Avec ces paramètres, nous avons depuis quatre ans repensé le tourisme, tant sur la gouvernance (avec plus de concertation auprès des professionnels), que sur le soutien aux entreprises (pour augmenter l'offre d'hébergement notamment) ou encore sur l'image (en développant les packages pour l'associer à des destinations à plus forte notoriété). Tout est donc mis en œuvre pour rattraper progressivement ce retard.

Quelles sont les solutions pour résoudre le problème de l’accès aérien et le manque de chambres ?
Sur la question des offres d'hébergement, dès 2010, j'ai fait voter la modification des régimes d’aide pour inciter à la création de chambres, et cela porte ses fruits. Grâce à cette politique volontariste, en quatre ans, ce sont 9 hôtels à La Réunion qui se sont ouverts ou réouverts aux touristes (l'ancien hôtel Sterne à Saint-Pierre rebaptisé la Villa Delisle, Les Créoles à Saint-Gilles, l'Iloha agrandi à Saint-Leu...). D'autres nouveaux établissements sont en cours de création (Le battant des lames sur le front de mer de Saint-Pierre, l'hôtel Akoa à la Saline...). Au total, ces nouveaux investissements représentent l'équivalent de plus de 700 chambres supplémentaires, c'est-à-dire plus de 30 %d'augmentation par rapport au parc existant en 2010. Ils ont aussi permis la création ou le maintien de plus de 230 emplois à La Réunion.
En ce qui concerne l'aérien, nous travaillons activement. La compagnie régionale Air Austral assure désormais des liaisons sur Chenaï en Inde, sur Bangkok en Thaïlande, Maurice, Madagascar, les Seychelles à nouveau en direct depuis le 23 juin, l'Australie en «code share» avec Air Mauritius, l'Afrique du Sud... Avec la filiale EWA basée à Mayotte, ce sont les Comores, le Mozambique, la Tanzanie qui sont désormais desservis. Nous mettons tout en œuvre pour assurer les moyens d'une vraie présence dans toute la zone. Air Austral assume désormais pleinement cette mission de compagnie réunionnaise de l'océan Indien.

Le peu de connaissances de langues étrangères, et principalement de l’anglais, est un gros handicap pour le tourisme réunionnais. Comment y remédier ?La Région a mis en place ces dernières années un dispositif de formation à destination des professionnels du tourisme. Avec l’Afpar (formation professionnelle) et tout le réseau de l’Education nationale avec lequel nous travaillons auprès des élèves dès la maternelle, nous pensons que ce défi sera relevé. Nous observons déjà des progrès. Les derniers croisiéristes accueillis à La Réunion l'ont été par des taxis qui parlaient anglais. Nous accusons un retard important sur une destination comme Maurice, mais depuis quatre ans nous avançons à grands pas.

Le coût de la vie à La Réunion par rapport aux autres îles de la région n’est-il pas aussi un élément dissuasif pour le tourisme ?
Certaines destinations sont bien plus chères que La Réunion et affichent pourtant un tourisme florissant. Les nombreux atouts de La Réunion en font une destination à forte valeur ajoutée : elle mêle d'un côté le dépaysement, l'exotisme, les richesses naturelles nombreuses et variées, et de l'autre côté un cadre sécurisé au plan politique et sanitaire, des infrastructures modernes et développées. De nombreux touristes sont à la recherche de ce type de destination et ne sont pas freinés par la question du budget. Nous devons surtout travailler à améliorer nos points faibles.
Malgré la crise économique, malgré la crise requin, nous progressons. Le tourisme demeure un secteur d'activités porteur avec des acteurs dynamiques, une opportunité pour beaucoup de Réunionnais en termes d'activités, d'emploi, de succès pour nos entreprises. Je reste plus que jamais mobilisé sur ce sujet qui compte parmi les priorités de mon mandat.

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