Andrew Slome : 35 années passionnantes au service de l’hôtellerie

Andrew Slome : 35 années passionnantes au service de l’hôtellerie

Il vient de fêter ses 60 ans. Après plus de 35 ans de carrière dans l’hôtellerie et au sein d’un même groupe, il pourrait se retirer. Mais il n’y pense même pas. L’œil pétillant, le pas alerte, Andrew Slome continue de présider aux destinées du Sugar Beach. Tôt levé et tard couché, il est habité en permanence par ce métier pour lequel il s’est passionné dès ses premières années d’études universitaires en Afrique du Sud. Portrait et réflexions d’un homme heureux d’avoir fait le métier de ses rêves…

Andrew Slome est né en Afrique du Sud à Cape Town. Il fréquente l’université de cette ville au carrefour des océans Atlantique et Indien. C’est en travaillant à mi-temps dans un hôtel, comme tant d’étudiants, que lui vient le désir de faire carrière dans le secteur de l’hôtellerie. Après des études dans une école spécialisée à Johannesburg et son internat, il rejoint le groupe Southern Sun dirigé alors par Sol Kerzner. Le groupe qui possédait quelques 25 hôtels en Afrique du Sud avait un seul hôtel hors de ce pays, le Saint Géran à l’île Maurice. Et c’est justement là qu’on propose au jeune Andrew de venir travailler. Offre qu’il accepte bien évidemment. Quatre jours après, il était accueilli à l’aéroport de Plaisance par Paul Jones, le directeur général de l’hôtel de l’Est. Nous sommes le 4 avril 1979. Andrew Slome, va y rester un peu plus de cinq ans pour atteindre le poste de Resident Manager. Entretemps, le groupe qui était devenu Sun International avait fait l’acquisition du Touessrok et de La Pirogue. Cet agrandissement devait donner naissance à Sun Resorts incorporé à Maurice. Dans le sillage de ces développements, Andrew Slome fut nommé directeur général du Touessrok. « L’hôtel comptait alors une centaine de chambres toutes situées sur l’île aux Lièvres alors que le restaurant et autres aménités étaient sur la terre ferme. C’est durant cette période que l’île fut agrandie avec l’aide d’une équipe d’experts japonais. 36 chambres Deluxe et 2 Suites furent ajoutées et la première plage fut créée sur cette île rocheuse. Ce qui expliquait que les clients se rendaient alors sur l’île aux Cerfs », nous raconte-t-il.

Andrew Slome quitte l’hôtel avant les travaux qui aboutiront au Touessrok d’aujourd’hui. Il est muté en 1986 à La Pirogue où il va connaître les plus belles années de sa carrière. Il y décrochera le titre de directeur général de l’année, « ce qui à l’époque de Sol Kerzner était une récompense prestigieuse », affirme-t-il.

C’est ainsi qu’il obtient un tour du monde de six semaines dans les meilleurs hôtels cinq étoiles du monde. C’est aussi durant les années passées à La Pirogue qu’il obtint la nationalité mauricienne et fut décoré par la reine Elizabeth II de l’Ordre de l’Empire Britannique (OBE).

Relations humaines

Au milieu des années 90, le projet du Sugar Beach voit le jour. L’hôtel est inauguré en octobre 1996 et Andrew Slome cumula la fonction de directeur des deux hôtels pendant une année avant qu’un nouveau directeur ne s’installe au Sugar Beach. Mais celui-ci n’y restera que neuf mois et Andrew Slome fut rappelé aux commandes. Toujours à ce poste aujourd’hui, il n’envisage pas de l’abandonner de sitôt car il aime trop ce métier de contact avec les gens.
Un amour des relations humaines qui lui a permis de « réussir dans ce métier ». « Des deux côtés, votre staff et vos clients. Il est important de développer une équipe de personnes compétentes, dédiées et passionnées. C’est très facile de copier les choses tangibles, comme une grande piscine. Vous pouvez aussi faire ce que vous voulez à partir du budget dont vous disposez. Mais vous ne pouvez pas copier le service, vous ne pouvez pas copier les éléments humains. Une des choses les plus plaisantes de ce métier est l’interaction avec les gens, partager la formation au personnel, voir les personnes grandir dans leur carrière, je crois beaucoup dans le recrutement de personnes « jeunes » que l’on voit grandir et être couronnées de succès. Le côté humain pose des défis certains mais amène aussi une grande joie », nous explique-t-il d’un ton posé mais convaincant. Pour lui, c’est ce même bonheur que l’on retrouve « dans les messages des clients par courrier ou de nos jours sur les sites comme TripAdvisor qui nous parle du plaisir qu’ils ont eu lors de leur séjour chez nous ».
De sorte qu’Andrew Slome ne voit pas ou peu de raisons de voir le côté sombre dans ce métier qui lui a donné autant de bonheur et permis de construire une vie familiale heureuse.

Sa seule préoccupation reste l’impact environnemental de ce secteur. « Il y a des impacts sur le pays et sa population et ce sont des défis qu’il faudra relever ». Mais il est confiant qu’il opère dans le meilleur cadre possible en respectant, autant que faire se peut, la législation et les normes mises en place.
Après 35 ans de carrière, il porte un regard très clinique sur l’industrie hôtelière qui, à son arrivée à Maurice, était à ses balbutiements. « A l’époque le secteur était perçu comme une industrie du plaisir type Club Med, même au St Géran. Mais bien vite on a réalisé que, mis à part l’environnement et les infrastructures physiques qui en font une destination de plage magique, le pays offrait aussi un service et un capital humain que beaucoup de destinations similaires ne possédaient pas. Ce qui est un élément essentiel pour la réussite dans ce secteur. A partir de là, les investisseurs ont compris qu’il était rentable de développer l’industrie hospitalière ».

Nouveaux défis

Commentant la situation difficile qu’a connue l’industrie hôtelière mauricienne ces dernières années, il concède que la crise dans nos principaux marchés a été un élément qui y a beaucoup contribué mais qu’elle est aussi due à une surabondance de l’offre qui a fait baisser les prix. « Mais en même temps cela a permis à l’industrie d’être plus dynamique. De toutes les façons, c’est toujours la survie des plus forts », rappelle-t-il.

Pour le directeur du Sugar Beach, ce sont les clients qui vont décider quels sont les hôtels et groupes qui offrent le meilleur rapport qualité-prix mais le service restera un élément déterminant. « Le nombre de touristes devrait être en rapport à l’offre des chambres qui ne devrait pas augmenter indéfiniment au moins jusqu’à ce la demande dépasse l’offre », maintient-il.

Andrew Slome rappelle qu’aux meilleurs jours de notre industrie hôtelière, Maurice s’enorgueillit de créer, de proposer et de développer un produit supérieur. « Ce qui a poussé les investisseurs à investir ». « Il y a maintenant une course pour remplir les chambres. Ce qui nous a fait perdre notre image de destination de classe mondiale. Aujourd’hui nous sommes en compétition avec un éventail plus large de destinations. Nous ne sommes plus une destination haute de gamme », déplore-t-il en ajoutant que « revenir à ces jours est possible mais il faudra des éléments économiques, des effets de mode, de l’image ». « Si les circonstances le permettent, nous serons meilleurs en tant qu’une destination de choix pour un tourisme haut de gamme très sélectif plutôt qu’un tourisme de quantité touchant. »

Quant aux nouveaux défis qui se posent à l’industrie, comme celui des croisières, Andrew Slome préfère y voir des raisons pour se dépasser. « Il s’agit de voir comment maintenir notre personnel. Cette une situation qui montre que les Mauriciens peuvent être très productifs s’ils le veulent. Les possibilités de travail sont différentes de nos jours et l’industrie hôtelière n’est plus la seule à offrir les meilleures perspectives en termes de salaire et de carrière. »

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