Ile Maurice de... Krishna Luchoomun

Ile Maurice de... Krishna Luchoomun

Je regarde jouer mon fils. À cinq ans, il pratique le roller, la natation, il joue à des jeux vidéo, regarde les dessins animés etc. Et devant moi défile mon enfance et mes jeux. Ils n’étaient pas beaucoup différents de ceux d’aujourd’hui mais les moyens étaient différents.

J’ai toujours aimé nager. L’élément aquatique m’a toujours attiré mais l’idée d’une piscine ne m’aurait même pas effleuré. En fait les piscines étaient inexistantes. Pour nous, mes frères, cousins et d’autres enfants du quartier, notre piscine était la rivière qui coule près du Gymkhana à Vacoas. Nous nagions dans « Bassin Blok », qui nous semblait alors démesurément grande. Mais, honnêtement, je pense que nous étions plus intéressés par la possibilité courir et de faire des sauts dans l’eau que de nager.

À part de pouvoir nous ébaudir dans cette eau fraîche qui longe le parcours de golf, nous aimions aussi pêcher le tilapia avec pour « canne pêche » un morceau de tissu (un vieux t-shirt ou une chemise). Deux ou trois fois par an, mon père nous emmenait à la mer. Nous avions beaucoup de chance pour l’époque car il était l’un des rares propriétaires d’une voiture dans le quartier.

Nous nous rendions à Flic en Flac. La tête à la fenêtre je n’arrêtais pas de regarder défiler les champs de canne à mesure que la voiture montait et descendait le long de la route sinueuse, inégale et souvent remplie de nids-de-poule.

Une fois à la plage nous courions directement à la mer. Etait-ce parce que nous étions petits mais la plage me semblait si vaste. Il y avait certes moins de monde qu’aujourd’hui mais l’érosion est aussi sans doute passée par là. Nous restions dans l’eau presque toute la journée avec pour bouée un ancien pneu de voiture. N’était le besoin de se restaurer, nous n’en sortions pas avant l’heure de partir. Sur le chemin du retour alors que le soleil se couchait sur la côte ouest de l’île, nous pouvions encore sentir le mouvement des vagues sur notre corps.

Quand nous n’étions pas au bord de la rivière, j’aimais bien regarder les films sur le petit écran. Sauf que nous ne possédions pas de télévision. Alors quand les parents l’autorisaient, nous allions chez les voisins pour regarder des dessins animés et des séries télévisées comme Bonanza. J’adorais les « westerns ». Je n’avais pas de raison de douter que les méchants étaient les Peaux-Rouges qui attaquaient les braves fermiers blancs. Heureusement, la cavalerie arrivait à temps pour sauver les colons.

Nous prolongions le plaisir de ces films américains en jouant aux cow-boys et aux « Indiens » avec des fusils de bois que nous fabriquions nous-mêmes. C’était des parties pleines de rebondissements qui n’en finissaient pas tant que maman ne vienne y mettre fin.

En d’autres jours quand nous perdions l’intérêt pour le jeu « méricain », nous nous rabattions sur des passe-temps tout aussi intéressants. Il ne s’agissait pas de Play Station, de jeux vidéo ou de tablettes… Nos jeux avaient pour noms « kasse kot, lamok delivré, lastik, kaneté… ». On n’avait pas besoin de connexion ou de réseau. Il nous suffisait d’emprunter de vieux chiffons, une boîte de conserve, des bandes élastiques, une balle de tennis usée…

En fait, pour nous amuser nous avions surtout besoin de notre corps. Comme pour jouer au football sur le chemin. Pieds nus, nous courrions sur le terrain improvisé de bitume entre les poteaux faits d’un tas de pierres derrière un ballon de chiffons. Pas de risque de se faire heurter par une voiture car il n’y en avait pratiquement pas en ce temps-là et les rares véhicules roulaient prudemment en raison des ornières qui parsemaient la route…

Je regarde mon fils jouer derrière les murs de la cour bien protégée. La porte est bien verrouillée. Pas de risque qu’il aille dans la rue pour chercher sa balle. Tout à l’heure, il sautera dans la piscine avec sa belle bouée. Je regarde mon fils jouer…

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